Terra del Lavoro 2017, Galardi, IGT Campania

L’histoire de « Terra del Lavoro », c’est celle d’un vin qui venait de nulle part, mais qui est tout de suite devenu une icône nationale et internationale. D’un vin qui a contribué au renouveau récent de la viticulture du sud de l’Italie et à redonner ses lettres de noblesses à un territoire longtemps dédaigné.

C’est tout le paradoxe de l’histoire de la viticulture italienne. La culture de la vigne est arrivée par le sud (merci les grecs), c’est là qu’elle s’est développée en premier, là que les premiers grands vins sont nés à l’époque romaine (je pense en particulier aux vins de l’Ager Falernum, aujourd’hui DOC Falerno del Massico, au nord de Naples). Et pourtant, jusque dans les années 80-90 le sud de l’Italie semblait voir (à quelques exceptions près) sa vocation cantonnée à produire des vins de table de qualité médiocre, qui pouvaient éventuellement se retrouver dans les cuves de certains producteurs du nord pour redonner un peu de chair et de puissance à certains millésimes difficiles. Aujourd’hui encore, le Mezzogiorno n’a pas la renommée nationale ou internationale que peuvent avoir d’autres régions italiennes, Piémont et Toscane en tête. Les raisons sont multiples, mais tiennent davantage à des facteurs d’ordre économique (investissements plus tardifs dans les process de vinification qualitatifs) et humain (moindre organisation des producteurs pour communiquer et tirer vers le haut leur territoire) qu’à une moindre vocation des terroirs à produire de grands vins. Et si aujourd’hui les choses commencent sérieusement à bouger, si les projecteurs se tournent toujours davantage vers le sud de l’Italie vitivinicole, c’est en partie grâce à un certains nombre d’étiquettes qui ont su convaincre, notamment au delà des frontières.

Terra di Lavoro du domaine Galardi est de celles là. Au début des années 1990, un groupe de cousins œnophiles décide de cultiver un vieux vignobles de la propriété familiale, pour leur consommation personnelle. Mais ils se prennent au jeu, et aidés des conseils d’un œnologue, ils décident de commercialiser leur production, à partir de la vendange 1994. Le succès est immédiat, les notes des critiques internationaux, Robert Parker in primis (l’homme qui, dans les années 90-00, murmurait à l’oreille du marché du vin) atteignent des sommets, il est régulièrement cité comme l’un des plus grands vins rouges italiens, et les bouteilles, produites en très petites quantités à l’époque, deviennent vite introuvables. C’est comme cela qu’il atteint son statut de vin culte au tournant des années 90-2000. Aujourd’hui la production a largement augmenté, et le vin se trouve sans difficultés particulières (merci internet). Il ne défraie peut être plus la chronique comme par le passé (en même temps, on ne va pas parler pendant 10 ans du nouveau vin méridional découvert par les critiques internationaux), mais il s’est définitivement installé comme une référence de la viticulture italienne.

Pourtant, ce vin ne semblait pas prédisposé à connaître un tel destin. Terra di Lavoro est produit en IGT Roccamonfina (à l’époque, aujourd’hui il sort en IGT Campania), autant dire un trou noir sur les cartes des régions viticoles. Et les cépages utilisés sont rigoureusement autochtones, Aglianico a 80% et Piedirosso à 20%. Donc imaginez un vin qui sort de nulle part, fait avec des raisins que personne ou presque ne connaît (à l’époque, hors des frontières régionales) quand la mode est aux variétés internationales et que le monde entier plante du Cabernet Sauvignon et du Merlot… Au contraire, le choix a été fait de parier sur le terroir de Roccamonfina, ses pentes volcaniques, ses vignes en altitude, son mix d’influences montagneuses et marines ainsi que sur le potentiel, notamment de vieillissement, de l’Aglianico, roi des cépages méridionaux (dont j’ai déjà parlé ici, ici et ). Mais avec des rendements faibles à l’hectare pour favoriser la concentration du vin, un élevage long de 12 mois en barriques neuves de chêne français (sur le modèle de la vinification à la française, le must à l’époque) et de 9 mois en bouteille, ce choix s’est avéré payant. Était né, mais surtout reconnu, un « grand rouge de garde » du sud de l’Italie.

Et moi, comme il faut bien que j’étudie les classiques, je l’ai goûté, en millésime 2017 (un millésime chaud et sec, une des plus belle vendanges du domaine, d’après eux). A l’œil, le vin est rubis, mais surtout très dense, quasiment impénétrable. Les 20% de Piedirosso n’ont pas « allégé » la charge colorante de l’Aglianico.

Le nez est très impressionnant, intense, riche, complexe. Je dirais stratifié, comme si les arômes se superposaient les uns aux autres. C’est parti pour une liste longue comme le bras. Commençons avec la famille des fruits rouges et noirs: cerise, mûre, myrtille, prune, fraise des bois. Le tout légèrement compoté, comme si on venait de les mettre à cuire pour faire une confiture. Riches, mais pas trop lourd, pas caricatural. Ensuite, les fleurs, la rose surtout, qui contribue grandement à l’élégance de l’ensemble. Puis dans la famille des arômes balsamiques, la résine et l’eucalyptus apportent ce côté un peu végétal, qui « désucre » et rafraîchit le nez et que, pour cette raison, j’aime tant retrouver dans les vins rouges au profil solaire, opulent. Enfin, les sensations épicés, avec la cannelle, la girofle, la vanille, témoins de l’élevage en barrique, mais qui ne sont pas invasives, davantage comme une note de fond.

En bouche, c’est cohérent, on est frappé par la puissance du vin. C’est concentré, ample, chaud, full bodied, comme disent les anglo-saxons. Mais il y a un bel équilibre, notamment grâce à l’acidité qui rend supportable les 14,5° (quand même). Et surtout, la structure tannique est superbe. Les tannins sont jeunes, certes, le vin aurait largement de quoi tenir une bonne dizaine d’année au moins, mais pas agressifs, et surtout parfaitement mûrs. Le bois a été plutôt bien utilisé. Alors oui on le sent, mais il ne crée pas cette impression de tannins asséchants que l’on retrouve parfois dans certains vins passés en barrique. Et il y a de toute manière une telle concentration de matière que le vin pouvait le supporter, le bois devient son cadre, pas son cercueil. La finale du vin quant à elle est tellement looonnngue… Et elle hésite entre le graphite (mine de crayon de bois) et la fraise des bois. Pour être honnête, j’ai probablement commis un infanticide, car si le vin est déjà très bon, on sent qu’il est encore un peu fougueux, qu’il a besoin de temps pour se poser un peu et que ses tannins ont besoin de se patiner pour révéler toute son élégance. Mais quand on a pas le temps d’attendre… A ouvrir sur de la viande rouge évidemment, ou un plat mijoté, type petit salé aux lentilles. Au niveau du prix, on ne peut pas dire que ce soit donné donné, environ 45-50 euros, vu sur Tannico.

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