Ischia DOC Kalimera, Cenatiempo

Imaginez un volcan éteint, sur une île, dans le golfe de Naples. Sur les pentes de ce volcan, on fait du vin depuis des millénaires. Baigné du soleil méditerranéen et caressé par les embruns, pousse un cépage rare, le Biancolella. Vous êtes à Ischia, sur le Monte Epomeo. C’est là que nait le vin dont je veux vous parler aujourd’hui.

Ischia est la plus grande des îles de la baie de Naples. C’est aussi la moins « carte postale », comparée à la célébrissime Capri, et à la pittoresque Procida. Celle où malgré les touristes nombreux, on sent qu’il y a encore des gens qui y vivent, et des réalités productives, notamment agricoles, qui ne sont pas tournées uniquement vers le tourisme. Et on y fait notamment du vin. Depuis l’antiquité (les romains surnommaient l’île Aenaria, terre du vin). Et si depuis les années 60 la superficie plantée de vigne s’est grandement réduite (la faute à l’explosion du tourisme qui fait grimper les prix du foncier, à la difficulté à cultiver des vignes sur des terrains souvent pentus et impossibles à mécaniser…), certains producteurs se sont obstinés. En Italie ils ont une expression pour cela, la viticulture héroïque (viticultura eroica). J’aime bien cette expression, qui rend vraiment hommage aux hommes et aux femmes qui, en dépit des difficultés, continuent à façonner les paysages, à perpétuer une culture, bref à faire du vin.

Le terroir d’Ischia est parfait pour la culture de la vigne: ensoleillé et chaud, mais tempéré par les brises marines, des vignes plantées de 5 à 600 mètres au dessus du niveau de la mer qui bénéficient donc d’une multitude d’expositions diverses et d’amplitudes thermiques importantes et, enfin, les fameux sols volcaniques qui peuvent conférer aux vins une incroyable note saline.

Les cépages cultivés à Ischia sont majoritairement des cépages autochtones de la Campanie. On y retrouve, comme dans toute la région de Naples, la Falanghina et le Piedirosso. Mais aussi des raisins blancs vraiment typiques de l’île comme la Forastera ou la Biancolella. C’est cette dernière qui nous intéresse aujourd’hui. Même si on peut la retrouver hors de l’île, par exemple dans les DOC Costa d’Amalfi ou Capri, ainsi qu’hors de la Campanie (en Sardaigne, ou dans le Lazio sur l’île de Ponza), la Biancolella est véritablement le cépage symbole d’Ischia. Présent au moins à 85% dans la DOC Ischia Biancolella, c’est sans doute dans cette catégorie de vin que l’on peut le mieux cerner la cerner.

En l’occurrence, la bouteille que je vous conseille absolument pour découvrir le potentiel de ce cépage, c’est Kalimera, du domaine Cenatiempo. Kalimera, cela veut dire bonjour, en grec. Un clin d’œil à ceux qui ont apporté la viticulture dans l’île? Les raisins poussent à 450 mètres au dessus du niveau de la mer, exposés du sud est à sud ouest. Bien qu’il ne soit pas certifié, les vignes sont cultivées selon les pratiques de la biodynamie (dixit le producteur). C’est un peu le blanc premium du domaine, la sélection des meilleurs grappes de Biancolella issues du meilleur « cru ». Les raisins sont vendangés un peu plus tard que les autres, pour aller chercher une maturité plus poussée et donc une belle intensité aromatique, ce que permet l’altitude du vignoble (on conserve plus de fraîcheur plus longtemps). Il est vinifié et élevé dans des cuves de ciment, qui, à la différence de l’inox, plus fréquente pour les vins issus de ce cépage, permet une légère oxygénation du vin, ce qui permet d’enrichir son profil aromatique et son ampleur en bouche.

A l’œil, le vin est d’un beau jaune paille franc, qui ne tire ni sur l’or ni sur le vert. Le nez quant à lui est riche, intense, complexe. Les notes de fruits jaune sont très présentes: pèche, coing, mirabelle. Mais aussi les fruits exotiques comme la banane ou la mangue. On retrouve également des notes de fruits secs, l’amande et la noisette en particulier. Mais cette richesse qui pourrait être un peu lourde est tempérée par des arômes de maquis, de thym, de cèdre et un arrière fond d’iode. En bouche, le vin donne une sensation de plénitude, il est assez ample, les saveurs sont intenses. L’acidité est relativement contenue mais suffisante pour éviter de fatiguer le palais. Et surtout, la salinité du long final apporte sa contribution à l’équilibre du vin (comme quoi, il n’y a pas que l’acidité qui compte pour donner une sensation de fraîcheur). Je trouve que c’est une belle définition du vin méditerranéen, cette opulence des parfums, cette intensité des saveurs alliée à la fraîcheur. Du fait de sa richesse, je ne le boirais pas à l’apéritif ou sur un plateau de fruit de mer qui réclamerait un vin plus vif et délicat. Je le vois bien mieux sur une belle grillade de poisson, avec des sardines, des grosses crevettes… Il se trouve sur internet autour d’une trentaine d’euros (oui, c’est pas un vin entrée de gamme…). Vous pouvez même trouver le millésime 2017 (que je n’ai pas goûté), qui avait été classé par la revue Decanter parmi les 50 meilleurs vin blancs du monde.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s