France Italie 2ème manche, Côtes du Rhônes vs Cannonau di Sardegna, battle de Grenache

Il y a une dizaine de jours, pendant que la France donnait une leçon de rugby aux italiens (oui, au pays de San Diego Maradona on peut aussi regarder du rugby, on n’était probablement pas nombreux), nous on décidait de continuer à confronter nos deux pays respectifs sur le terrain qui m’intéresse le plus: le verre de vin. Et après un match de bulles qui s’était soldé sur un match nul, cette fois-ci on a choisi le plus méditerranéen des cépages: le Grenache. La règle du jeu est simple: deux vins, un français, un italien. Même cépage, même gamme de prix. Dégustation à l’aveugle. En somme un protocole d’une scientificité absolue pour tenter de déterminer une bonne fois pour toute lequel de nos deux pays fait les meilleurs vins. Plus raisonnablement, un jeu qui nous amuse, qui nous donne l’excuse d’ouvrir deux bouteilles au lieu d’une, et qui, comme tout exercice de comparaison, peut avoir des vertus pédagogiques.

Je disais cépage méditerranéen au sens où le Grenache est l’illustration parfaite des liens historiques, culturels et gastronomiques qui ont toujours existé autour du Mare Nostrum. Le Grenache est voyageur, et on le trouve en France, en Italie, en Espagne, en Algérie, au Maroc, en Turquie, en Israël… Concernant son origine, il y a débat: Espagne ou Sardaigne. La thèse communément admise est celle de l’origine espagnole du Grenache (où il se nomme Garanacha), et que ce serait pendant la domination aragonaise de la Sardaigne qu’il s’y serait implanté. Mais de récentes découvertes archéologiques pourraient indiquer le contraire. Ont été retrouvés en Sardaigne des pépins de raisins datant d’avant la conquête aragonaise ayant un ADN similaire à celui du Grenache actuel. Ainsi, en Italie, le débat semble clôt, on considère que le Grenache est sarde.

En France, on retrouve le Grenache dans les régions viticoles méridionales: Roussillon, Languedoc, Côtes du Rhône Sud et Provence. Mais à la différence de l’Italie, il est très souvent vinifié avec d’autres cépages (on reviendra sur le pourquoi un peu plus tard), comme la Syrah, mais aussi le Mourvèdre, ou encore le Carignan. Le Grenache apporte sa rondeur, son fruit à ces vins d’assemblage. Même à Chateauneuf du Pape, l’appellation la plus prestigieuse mettant le Grenache à l’honneur, c’est en général en assemblage qu’on le trouve.

En Italie en revanche, il est beaucoup plus courant de le retrouver vinifié seul. D’ailleurs, curiosité qui illustre bien l’anarchisme et l’esprit de résistance à l’uniformisation de la viticulture italienne, en fonction de sa zone de culture, le nom du Grenache change. En vrac et sans exhaustivité, en Italie il peut s’appeler: Cannonau en Sardaigne, Thai rosso dans le Veneto, Alicante en Toscane, Bordò dans les Marches (une déformation du nom de Bordeau?) et Gamay del Trasimeno en Ombrie (là ça devient vraiment source de confusion). Et je ne vous parle pas de noms anciens que plus personne n’utilise et que l’on mentionne seulement pour le folklore. C’est vraiment comme cela que l’on appelle le Grenache dans ces différentes régions, comme cela qu’il sera reporté sur l’étiquette de la bouteille. Et après ils nous disent qu’ils trouvent nos appellations compliquées…

Présentation des concurrents

Côté français, nous avons le Côtes du Rhône Rive Droite 2018 de la maison de négoce « les Deux Clos ».

Ils n’ont pas de site internet, donc je n’ai pas grand chose de plus à vous en dire, à part que c’est bien un 100% grenache, acheté sur Vinatis (en promotion, mais son prix de base affiché est de 15 euros). Pour être honnête, ça n’a pas été simple de trouver un vin français 100% Grenache sur internet (et ce n’est pas dans les enoteche locales que j’aurais eu plus de chance). Tout simplement parce que comme je vous le disais plus haut, on le vinifie souvent en assemblage en France. En effet, on considère souvent que le Grenache est un cépage peu adapté à faire de grands vins seul, car il est assez peu doté en acidité et en tannins (la colonne vertébrale d’un vin rouge, ce qui lui permet de vieillir notamment). En revanche, il est très alcooleux et très fruité. Mais j’ai réussi à en trouver un, dans le budget que je m’étais fixé. Par contre, où est-ce qu’on se trouve exactement dans l’appellation Côtes du Rhône, je n’en ai pas la moindre idée. S’il s’appelle Rive Droite, c’est qu’on est probablement dans la partie gardoise de l’appellation. Pour ce qui est des méthodes de culture et de vinification, là encore, je suis dans le flou.

Côté italien, j’ai décidé d’aller chercher un Grenache du côté de la Sardaigne. Nous avons donc le Cannonau di Sardegna DOC « Mamuthone » 2017 de la cantina Sedilesu.

Pourquoi un sarde? Parce que la culture du Cannonau (le Grenache donc), y est très développée, que, comme je le disais plus haut il semble aujourd’hui que ce soit sa terre de naissance, et que c’est une dénomination de référence pour ce cépage. L’aire de production du Cannonau di Sardegna DOC s’étend sur l’ensemble de l’île. Il est donc assez difficile d’en caractériser le terroir spécifique (trop d’altitudes, de climats et de sols différents). Dans le cas présent, Nous nous trouvons à Mamoiada, dans la partie centrale de l’île, dans une des zones de production les plus intéressantes. Sa particularité: l’altitude, c’est du Grenache de montagne. Les vignes de la cantina Sedilesu sont plantées à 600 m au dessus du niveau de la mer en moyenne. On aura donc un climat plus continental que méditerranéen, avec des hivers rudes, des étés chauds et secs et d’importantes amplitudes thermiques entre le jour et la nuit pendant la période de maturation des raisins. Les terrains sont sableux, d’origine granitique. La culture des vignes est bio certifiée. La vinification et l’élevage du vin sont réalisés en foudres de 40hl. La vinification est orientée « nature » (fermentations spontanées, pas de filtration, peu de SO2 ajouté). Là encore, son prix est d’une quinzaine d’euros (trouvé sur le site callmewine). A noter que la cantina Sedilesu est une référence pour les Cannonau de Mamoiada. Son propriétaire est notamment le président de l’association Mamojà, qui regroupe des viticulteurs locaux dans le but de valoriser l’identité du terroir de Mamoiada

La dégustation

Ce fut une dégustation vraiment intéressante. Pédagogique même. Un bon moyen de se rendre compte à quel point le terroir fait le vin, plus que le cépage. Car bien que l’on retrouve dans les deux cas des traits communs, des marqueurs du Grenache, au final ce sont des vins vraiment très différents.

A l’œil, pas de différence flagrante, un rouge rubis moyennement intense (pas transparent mais pas opaque non plus). Au nez, on retrouve dans les deux cas les arômes très fruités du Grenache. De la cerise, de la fraise, de la mûre. Mais du côté du Côtes du Rhône, ils semblent cuits, on dirait de la confiture de fruits rouge. En revanche, dans le Cannonau di Sardegna, c’est une impression de cerise à l’alcool qui domine côté fruit. On retrouve également des notes d’épices douces dans nos deux vins. La vanille est très (un peu trop à mon goût) présente dans le Côtes du Rhône au premier nez. On la retrouve également mais plus subtile dans le Cannonau di Sardegna, accompagnée de clou de girofle et de noix de muscade. Dans ce dernier, on retrouve également des notes d’anis et d’herbes de maquis qui ajoutent un peu de complexité. Au nez, vous l’aurez peut-être compris, on a préféré le Cannonau, plus fin, plus complexe, plus subtil.

En bouche, le Côtes du Rhône correspond exactement à ce que je m’attendait d’un 100% Grenache: une bombe de fruits bien mûrs, peu d’acidité, des tannins très ronds et beaucoup d’alcool (15° quand même). Alors, sur le papier, ce n’est pas nécessairement le type de vin rouge que je préfère. Mais c’est tellement gourmand, le fruit est tellement plaisant, sans impression d’excès en terme de lourdeur alcoolique ou de sucrosité, que finalement je me suis laissée séduire (même si je n’aurais pas dit non à une pointe d’acidité supplémentaire). Voilà, c’est un vin qui joue dans la catégorie de la séduction immédiate. Il n’est pas fait pour vieillir, je ne pense pas qu’il ait la structure nécessaire pour cela. Le Cannonau di Sardegna en revanche, c’est une autre histoire. Et c’est surprenant, un autre visage du Grenache. Vraiment, cette structure, ce tanin plus anguleux, il n’y aurait pas un peu de Syrah ou de Mourvèdre? On retrouve le fruit gourmand et l’alcool (15° là aussi) typiques du cépage, mais soutenu par davantage d’acidité et surtout par une trame tannique plus marquée, qui allonge la présence des saveurs en bouche. C’est plus complet, plus équilibré, plus élégant que le Côtes du Rhône. Et puis ça peut vieillir encore quelques années. Pour mon palais, là encore, c’est une victoire sarde.

Bilan de l’expérience? Sur ce coup là, le vin sarde l’a emporté sans trop de difficulté, pour son équilibre, son élégance même (malgré ses 15°) sans pour autant faire l’impasse sur la gourmandise et la chair du fruit. Et puis une réflexion, sous forme d’interrogation (à laquelle je ne prétends pas avoir la réponse, me manqueront l’expérience et le recul). Si on vinifie souvent le Grenache en assemblage en France, notamment en raison de ses carences en acidité et tannins, est-ce parce qu’il ne trouve pas dans nos contrées le terroir qui lui permettrait de s’exprimer aussi sur ces registres?

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