France-Italie 1ère manche: Champagne VS Franciacorta, battle de blanc de blanc

On leur aurait « volé » la Joconde, ils nous ont volé le mondial 2006. On met du ketchup dans nos pâtes (trop cuites), il mettent de la crème pâtissière dans des croissants (même pas au beurre). Ils galèrent à trouver un espresso digne de ce nom en France, je vous souhaite bon courage si vous cherchez de bonnes frites à Naples (ne me dites pas que les frites c’est belge, c’est universel, comme le café). Au patrimoine mondial de l’Unesco, il y a notre gastronomie, et il y a leur pizza. Je pourrais égrener comme ça longtemps la liste des rancœurs, des incompréhensions et des rivalités entre nous. Mais on a décidé de mettre un point final à tout ça avec la seule compétition qui vaille vraiment: qui est-ce-qui fait le meilleur pinard?

Les règles du jeu

Pour régler la question, on a décidé de confronter deux vins, un français, un italien. Pour comparer ce qui est à peu près comparable on prend le même cépage et la même gamme de prix. Pour garantir la grande scientificité de l’exercice et ne pas être influencés par notre chauvinisme légendaire d’un côté comme de l’autre des Alpes, on goûte à l’aveugle des vins que ni moi ni le Napolitain n’avons jamais bus. La preuve en image:

Pour cette première manche, on a décider de challenger le vin peut être le plus iconique du monde, un des symboles de notre pays, dont on dit qu’il s’en ouvre toujours une bouteille quelque part sur la planète: le Champagne! Dans sa version blanc de blanc, c’est à dire 100% Chardonnay. Gamme de prix: autour de 25-30 euros. Par honnêteté intellectuelle, je dois dire que globalement, les Champagnes coûtent toujours plus cher que les Franciacorta (question de prestige plus que de coût de production). Ce que je veux dire par là, c’est que pour un même prix, on sera dans une gamme plus basse du marché en Champagne, plus haute en Franciacorta. Mais parce que je ne voulais pas me lancer dans des calculs hyper compliqués, pour calibrer les différentes gammes de prix, et donc prendre des vins qui se situeraient au même niveau dans leur marché respectif, j’ai décidé de me placer du point de vue du consommateur: si je dépense telle somme, qu’est ce que j’ai dans mon verre.

Présentation des concurrents

Côté français, nous avons cette bouteille:

La cuvée blanc de blanc de la Maison H. Blin. Il s’agit donc d’un champagne de négociant (qui achète au moins une partie de ses raisins à des viticulteurs, système très répandu en Champagne). La Maison H. Blin est située à Vincelles dans la vallée de la Marne, qui est plutôt le terroir de prédilection du Pinot Meunier (rappel des trois cépages principaux de la Champagne: Chardonnay, Pinot Noir et Pinot Meunier). Le site internet de la marque ne précise pas exactement quel est le terroir des parcelles de Chardonnay qui servent à élaborer cette cuvée. Mais le terroir de de la Vallée de la Marne est plutôt argilo-marneux, les calcaires étant plus profond. Nous ne sommes donc pas dans les terroirs les plus réputés de la Champagne, notamment pour ce qui est de la production de Chardonnay. Attention, cela ne veut pas dire que le vin ne sera pas bon, simplement que nous ne sommes pas dans le top des crus de la côte des blancs, qui, avec leur sols de craie sont réputés donner les plus grands Champagnes à base de Chardonnay.

Les vignes sont toutes cultivées selon le cahier des charges « Viticulture Durable en Champagne » (une forme de premier pas vers le bio, visant notamment à réduire les intrants dans les vignes).

Pour ce qui est de la vinification, la fiche technique que l’on trouve sur le site n’indique pas beaucoup de choses, à par le dosage (7 grammes de sucre/litre) et le temps d’élevage sur lies (au moins 24 mois). Le type de contenant utilisé pour l’affinage du vin avant sa mise en bouteille n’étant pas précisé, j’en déduis que c’est probablement de l’acier (l’usage du bois est précisé pour d’autres cuvées). Il n’est pas précisé non plus si le vin fait la fermentation malolactique (une opération qui consiste en la transformation de l’acide malique, assez incisif, en acide lactique, plus rond – une pratique courante dans la vinification du Chardonnay en Bourgogne, mais aussi pour certains Champagnes). Toutefois, le site indique qu’en général les vins font la fermentation malolactique exceptée pour certaines cuvée où la fraîcheur est recherchée. On verra si la dégustation nous en dit davantage.

En face, côté italien, voici le challenger:

Le blanc de blanc non millésimé de la cantina Cavalleri. Nous sommes dans la DOCG Franciacorta. La Franciacorta, c’est l’une des régions de production principales des vin effervescents réalisés selon la méthode champenoise. Peut être la plus connue d’Italie. Nous nous trouvons en Lombardie (Région de Milan), entre les villes de Bergame et Brescia, au sud des Préalpes et du Lac d’Iseo. Je ne vais pas vous détailler ici les caractéristiques de l’appellation, ce serait trop long (et peut être que ça fera l’objet d’un autre post, un jour). Gardez seulement en tête que si vous voulez goûter un « équivalent » italien du Champagne, n’allez surtout pas chercher du côté du Prosecco (je l’avais expliqué ici), mais vous pouvez aller regarder du côté de la Franciacorta. On y élabore les vins selon la même méthode et avec certains cépages en commun (Chardonnay et Pinot Noir). Sachez tout de même qu’en Franciacorta, le cépage roi, c’est le Chardonnay, et que c’est pourquoi on y trouve assez fréquemment des assemblages l’ayant comme cépage majoritaire, voire à 100%. Ce qui change, c’est le sol et le climat (il fait évidemment plus chaud dans la Franciacorta).

Cavalleri est une entreprise familiale assez réputée, située dans la commune d’Erbusco, au sud de la Franciacorta, dans la zone la plus chaude de la dénomination. Les vignes sont plantées sur des collines. Les sols sont sableux et caillouteux (d’après leur site internet). Le domaine est certifié bio et pratique également la biodynamie.

Du point de vue de la vinification, il est intéressant de noter que pour une partie du vin (15%), la première fermentation est réalisée avec les levures indigènes. Les contenants utilisés pour la fermentation sont l’acier en majorité et une plus petite partie en foudres (grands tonneaux). L’élevage sur lies dure également 24 mois minimum. Enfin, bien qu’il soit classifié comme brut, le dosage est de 0g de sucre/litre. Enfin, je n’ai trouvé nulle part de mention d’une fermentation malolactique.

Et alors, quel est le meilleur?

Je vous l’annonce tout de suite, ça va être un verdict œcuménique: ça dépend. Pas des goûts, en l’occurrence on était d’accord. Plutôt de comment vous voulez le boire, seul, ou en mangeant.

Au nez, il y avait une nette différence. Le Champagne est un peu plus gourmand, plus séduisant. Il y a des arômes de fruits, poire, banane, d’écorces de citron. Mais aussi ceux typiques de la fermentation malolactique (beurre, crème). Et un peu de vanille. Les arômes fermentaires (ceux liés à l’autolyse des levures durant l’élevage sur lies, qui sont typiques des vins effervescents méthode champenoise) sont présents mais discrets et faisaient davantage penser à la brioche qu’au pain ou au levain frais. C’est assez pâtissier disons. Dans le Franciacorta, les arômes de fermentation sont au contraire beaucoup plus présents. Presque trop. On est davantage proche de l’odeur d’intérieur de vieux buffet que de la croûte de pain ce coup ci. Et ça masque un peu les arômes d’agrumes et de fruits exotiques, notamment l’ananas (que l’on percevait tout de même). Du coup, au nez, on préfère le Champagne.

En bouche les vins correspondent assez bien à leur profil olfactif. Le Champagne est délicat, sur le fruit, avec une belle acidité, mais en même temps une rondeur, probablement liée à la fermentation malolactique. La bulle est très fine, crémeuse. Le Franciacorta en revanche est plus puissant (en comparaison), plus savoureux. La bulle est aussi très fine mais un peu moins que celle du Champagne. L’acidité est moins marquée, du coup la sensation d’alcool ressort un peu plus (12,5% dans les deux cas, ça reste léger). Les arômes de levures dominent également en bouche. En revanche, le final est décidément plus long. Du coup, à première vue, on opterait encore pour le Champagne, plus raffiné, plus élégant. Attention, on trouve que le Franciacorta est aussi très bon, mais le but du jeu est quand même de décider lequel on préfère.

Je rappelle que tout ça se fait à l’aveugle, mais par commodité, je ne vous parle pas de vin numéro 1 et numéro 2. Même si en réalité à ce moment là on commençait à avoir notre petite idée sur quel était le Champagne et quel était le Franciacorta. Pas tant pour une question de préférence, mais pour l’acidité plus marquée du premier qui faisait penser à un climat plus septentrional.

On aurait pu en rester là et déclarer la France vainqueur, si le Napolitain ne m’avait pas dit « Aspetta, prova con les patatine! » (attends, essaie avec les chips). J’ouvre une parenthèse. Ça vous paraît bizarre de boire du Champagne avec des chips? Je vous donne trois bonnes raisons. La première est qu’on conseille souvent de boire les Champagne blanc de blanc à l’apéritif, par ce que ce sont en théorie les plus délicats (et à l’apéro, on mange des chips non?). La seconde, c’est que comme je l’ai dit à plusieurs reprises, les bulles sont pour moi les meilleures amies des aliments frits (et les chips on est bien d’accord que ce sont des pommes de terre frites). Enfin, la troisième, c’est qu’après avoir dépensé 55 euros de vin pour la soirée, on n’avait plus vraiment les sous pour les saint jacques. Fin de la parenthèse.

Je m’exécute, je mange quelques chips et je regoûte les vins. Et là tout s’inverse. Le Champagne s’effondre, et le Franciacorta se révèle. Alors que la délicatesse du premier ne résiste pas au sel des chips, la puissance du second trouve tout son sens. Et tout cela s’est confirmé avec la suite du repas, à base de focaccia et de charcuteries. En fait, ces arômes fermentaires du Franciacorta qui, lorsqu’on le buvait seul, nous paraissaient un peu moins jolis que ceux délicatement fruités du Champagne, révèlent une saveur umami qui devient le parfait sparring partner des charcuteries.

Résultat des courses, match nul pour aujourd’hui. Mais nous avons prévu la 2ème manche. Si vous voulez tenter l’expérience à la maison, le champagne H.Blin se trouve notamment sur Vinatis, le Franciacorta sur Tannico ou Callmewine. Et si vous l’envie vous prend de faire l’expérience avec des saint jacques ou des langoustines, tenez moi au courant, je suis curieuse (et je parierais sur le Champagne ce coup-ci).

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